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Báb et les Bábis - старонка 30


Voyez Tabari, stir Ia mort de Mabornet.

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368 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866

KhaI!fou resoul iliah, successeur du prophete de

Dieu.

Les partisans d'AIi protesterent en secret contre cet acte, mais us durent c&ler a Ia force et Ia ma jorite. Ati Iui-meme fit tout pour eviter les dis- cordes. II se soumitau choix qu'av fait les mu sulmans et ceda Ic pas a Omar et a Othman; lors de Ia quatrieme election, ii accepta avec Ia plus grande modestie le titre de quatri khalife, et fit tout pour calmer ses partisan3 et ses adherents secrets; mais les circonstances devaient changer. Pendant les der fliers jours de sa vie et apres sa mort, les intrigues des ambitieux et des fanatiques exciterent des dCsor dres qui amenerent Ia guerre civile. Les resultats furent que le pouvoir temporel s'empara du pou voir spirituel et qu'un etat puissant fut fonde. Nous voulons parler ici du transfert du khalifat entre les mains de Moawiah et Ia fondation de Ia dynastic des Omeyyades et de celle des Abasides. Le monde musulman de cette Cpoque commenca a considerer tout ceci avec une indignation secrete; mais Ia re nommee de Moawiab, qui passait pour le plus in- time disciple de Mahomet, ses artifices pendant les discordes et Ies guerres intestines liii ac uirent des defenseurs parmi ceux qui etaient les so ns tie Ia foi. Ceux-ci consoliderent habilement entre ses mains rheritage du Prophete, bien qu'un tel acte fut en opposition avec les lois fondamentales du Coran et du Sunnet. Force fait loi! aussi les vrais croyants se soutuirent-its ; puis les docteur de Ia loi, les casuistes

BAB El' LES BABIS. 69

interpretei'ent en faveur du ciroit de Ia nouvelle dy nastie toutes les ordonnances, et en firent de nou velles'. Cependant La communaute chute s'organisa et se multiplia secretement.

Apres le meurire d'AIi, Ia doctrine de cette corn munaute secrete ne se distinguait de celle des autres Sunnites qu'en cc qu'elIe protestait contre I'ordre de succession an trone apres Mahornet, et qu'eIle avait reconnu Au et sa descendance comme les beritiers legitimes immediats; 1i lancien symbole de Ia foi, les sectateurs d'Ali ajouterent encore cet article

Et Au est le Vt Dieu;n ce qui signifie que par Ia mort du Propbete ii est le principal ordonnateur

1 1 A 1 * *

tie I Isiam an cote d Ailah. us ne donnaient qu a lui seul I norn d'Imam ou chef tie Ia re1igk et dei

nation. Du mot veli est venu vilaiet, c'est-a-dire ad ministration, gouvernernent, Ic droit de tout regir; au point de vue lexicologique et juridique, veli a une signification fort etendue; c'esi. pourquoi, des Ic premier siecle o le chiisme s'est developpe, ii y cut diverses interpretations sur I sens i donner a ce mot de v!li et sur Ia definition des ciroits de l'imarn auquel ce nom est donne. Ici les anciennes tradi tions et les legendes bouddhistes ont pus le dessus, et cc fut parnii les partisans d'AIi qui. habitaient Ic Fars et I'Irak que se forma l'idee des divers degres

de sa nature divine. D'autres, comme nous I'avons

La-dessus, voir pour plus de details l'article ins.ere dan3 Ia Parole rasse, mars i 86o, Saii D La valeur des imwuz dans l'acception jurulique d rnot.

I.

370 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

dit, ont eleve Au au plus baut degre de Ia nature divine et l'ont nomme Allah. Les Chutes se sont

ainsi divises peu peu, quoique etant presque una nimement d'accord sur un point, qu'a Ia seule race d'AIi appartient le droit d'heriter du titre d'imam.

Le nouveau gouvernement omeyyade, qui voyait

danger dans le secret accroissement des Chutes, prit des mesures pour assurer ses droits. 1k leur cote les Chutes, en vertu dune loi sanctionnee parmi eux depws Iongtemps, takiid', pouvaient legalement se soustraire aux poursuites des orthodoxes; c'est pour quoi le gouvernement agissait sans relache et en se afin d'eloigner le mal dont ii etait menace, di ses poursuites contre les imams de Ia fa mile d'AIi, comme etant Ia principale cause de la gitation qui regnait, bien qu'il flIt parfaiteinent convaincu de leur innocence et que ceux-ci n'ambi Ce mot veut dire prudence, abstention, retenue. Pour se soustraire

aux poursuites de ceux qui professaient Ia religion dominante, les premiers Chutes cacbaient leurs croyances et se disaient Sunnites, cc qui donna naissance a unc s de lois conservatrices de takile. D'apres l'esprit.de ces lois, tout Chute a pour obligation de se son mettre, en apparence. I toutes les eiigences de Ia religion domi nante, et de se faire passer pour un do ses adeptes. Ces lois regissent juaqu'I present les Chiites)orsqu'ils quittent lout pays et voyagent dana lea contrees oil Ia religion dominante est sunnite. Ainsi tous les Persans, quand us se trouvent en Turquie, en Egypte et meme I Ia Mecque, oil un devoir do piet lea attire, se disent sunnites. Au sujet du takile, une ordonnance a ete introduite dana a doctrine des Chutes des le commencement du premier iecIe de lislam. Les Chutes sasurent qu'Ah a reconnu le pouvoir des usurpateurs do son droit, I pouvoir des trois premiers khahfe., uniquement d'apres I'espnt de cette ordonnance.

k

BAB ET LES BABIS

tionnasseut ni I'ascendant iii le pouvoir. Cependant Ia crude politique exigeait que les innocents aussi bien que les coupables fussent extermines; en un mot, cite voulait I'extirpation de tout principe pou. vant etre, moralement parlant, une raison de trouble dans I'etat et un pretexte legal pour I'ambition de rivaux. Mais les mesures imprudentes que prirent les deux rois, Moawiah et Yezid, son Ills, loin de procurer Ic calme qu'on en attendait, eurent au con traire les suites les plus desasti'euses.

L'empoisonnernent d'Hassan, I'aIne des fits d'AIi,. Ic massacre de on second Ills Houssein, sur les bords de I'Euphrate, et l'empoisonnement de sa famille, souleverent d'indignation tous les musulmans contre Ia maison regnante, et exciterent parmi les Chutes ces haines invincibles qui existent jusqu'a present. Des ambitieux mirent alors a profit les circons tances, et Moukhtar avec ses amis leva l'etendai'd de Ia revolte dans I'Irak, sous le prCtexte de venger le sang de I'innocent Houssemn; Abdonllah ben-Zobeir parvint i mettre de son cote tous les habitants de i'Arabie et de I'Egypte et une partie de ceux de Ia Syrie, et se vit presque investi du pouvoir supreme. Plus heureux, Mervan ben-Hakem, qui d'ailleurs appartenait i I famille des Omeyyades, se souleva inopinement en Sytie avec beaucoup de succes. II s'ensuivit une guerre civile ou beaucoup de sang innocent fut repandu, et le khalifat resta definitive ment entre les mains de Mervan. Lft communaute des Chutes dut ceder, d'autant plus que les discordes

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qui regnaient parmi eux, relativement aux dogmes, avaient comribue a lea affaiblir. Quarante annee ne s'etaient pas ecoulees que trois sectes existaient dejI; c'etaient lea Zeldites, lea Kbattabites et les Djafa rites. Lesderniers, beaucoup plus nombreux, etaient partisans des dogmes que leur avaient transmis les anciens Chutes modei

Pendant que les G1&oalevites (ainsi se nomment les Chutes excentriques qui attribuent a teurs imams divers degres de signification dana Ia nature divine) se multipliaient et se divisaient en plusieurs petites sectes, lea Djafarites perse dana leur doc trine, fondee sur un systeme plus rationnel, plus intelligent. au sujet de leurs imams (Mohammed al-bakir et son fils I)ja1 as-sadik), et s'attribuaient l'epithete d'orthodoxes.

Malgre de penibles revirements politiques, les souverains intelligents et sages de la dynastie des Omeyyades et des Abasides surent soutenir et for tifier Ia religion dominante des Sunnites, et us arre terent ainsi lea progres da schisme. N une periode de pres de 450 ans flit signalee en Orient par des ev d'une grande importance poii tique et rehgieuse, mais trop souvent funestes a Ihu ln2nite. Ces evenements etaient dus aux progres des Moihidites qui s'etaient successivement multiplies.

* Lea actes. des Moukannaites dana le Khorasan, les progres des Babekites ou Haramites' dana l'Ader

Autrenient Kborr Harairntes veut dire bri ce now leur fut donne sans doute par leurs autagonistes; rautre now ut

Si

BAB ET LES BABIS. 373

bidjan et -ceux de diverses sectes des Chutes ismal- - lites, qui florissaient en Arabie, en Syrie et d l'hak persan, sont des faits suflisamment connus.'IV y eut des reformes, des revolutions et toute une dynastie d'inquisiteurs; mais dans Ihistoire de ces apparitions, nous ne trouvons rien qui ait te ins. pire par l'amour dii sacrifice et le bien de l'huma nite; c'est pourquoi lessucces en ont ete aussi fugitifs que surprenants, passagers, mais terribles.

S 4. DJAFABITES OU ISNA'ACBABITES.

Pendant que tous les schismes melabites dont nous avons pane continuaient lent's fluctuations et s'affaiblissaient ou disparaissaient, Ia fol sunnite etait presque partout dominante, Ia religion chute djafa rite ou imamite se constituait reguherement dans I'Irak et meme dans I'Inde. Les douze imams sans exception. depuis All jusqu' A1-Mehdi, etaient les patrons de cette doctrine. Cette communaute se pro longca secretement jusqtl'au vii siecle de I'begire. Sous le protectorat de Houlagou-khan, qui avait defluitivement mis tin a l'importance politique des Abasides et des Batinides, les Imamites cess peu a peu de tenir cachCe leur croyance et ne met laient plus leur ordonnance en vigueur (iakue) que Iorsqu'un pressant danger les y forcait. . Les Ima mites continuerent ainsi a se fortilier pen a peu,

se repandre et a s'etablir par toute Ia Perse jusqu'a

prii Ju lieu de Ia naisaance de Babek, fondateur de cette ecte 'lans I' Aderbidjan.

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Ia dynastie des Saffavides. Dt au temps de Chah Abbas Ic Grand, Ia religion dominante en Perse etait Ia religion imamite (isna'acharite). Elle travaifla alors a etouffer successivement tous les autres schismes. Ii en reste cependant des traces, a peine visibles, dans quelques superstitions populaires, dans des croyances toutes locales, et les plus austeres orthodoxes parmi les Imamites en subissent I'm fluence dans Ia doctrine relative au merite de leurs imams, sur laquelle nous allons donner des eclaircis sements.

Nous sommes oblig* de a'epeter ici que, d'apres les principes fondamentaui des Ima mites, Au et les onze imams de sa descendance sont saints au premier degre apres les prophetes de premier ordre, et par ticulierement apres Mahomet. Voici ce que dit tine tradition qui se rapporte t Mahomet et cAlL relati vement a Ia solennite qui eut lieu devant Ghadir Khoum': Peu de temps avant sa mort, un soir que le Prophete etait entoure de ses disciples de pr kction, ii declara devant le peuple assemble les droits qu'avait son gendre au khalifat, et ii dit a ceux qui I'koutaient : uTrois fois I'ange Gabriel m'est apparu en me saluant de Ia part du Tres-Haut, et m'a ordonne dc me presenter a vous ence lieu, et d'annoncer tous, blancs et noirs (a tous les Arabes), qu'Ali, fils d'Aboutalib, est mon fiere, mon hCritier,

Lieu stir Ia route de Ia Mecque a Medine, o s'arreta Mabomet

*vec sea disciples su retour de son pelerinage d'adieu (le denier) au temple de Ia Ka'aba.

I

'1

BAB ET LES BABIS. 375

celui qui doit etre khalife et votre guide apres rnoi. Entre moi et Au existent les memes rapports qui out existe entre Moise et Aaron, cette seule diff4 rence qu'apres inoi ii n'y aur.a pins de propbetes1. Un peu apr ii dit encore: nSachez que votre pro-

* phete est le meilleur de tous les prophetes, et que son successeur (Au) est le meilleur de tous les suc cesseurs. n En consequence, Au, par ses qualites, est au-dessous des prophetes, mais au-dessus de tousieshommes. Neannioins les Imamites, par suite

des superstitions dont nous avons pade plus haut et qui sont enracinees parmi eux, sont intimement convaincus que lesimams sont teliement superieurs a tous les mortels, qu'ils les placent tous, et surtout Au, au-dessus de tous les propbetes. D'apres une croyance, Mi est place au-dessus de tout le genre humain apres Mahomet, et Mehdi porte le titre de gouverneur de I'univers. Les souverains de l'illustre dynastie des Saffav ides s'intitulaientchiens du seuil des imams La signification divine donnee au nom

- d'Ali n'etonne point les plus severes oiLhodoxes parmi

' Cette tradition est commune a tous les musulmans, mais les Suunites Ia repoussent uniquement parce qu'eIle emane d'une source qui ne leur inspire point de confiance; de plus us aflirmetit que les Chutes l'ont beaucoup embellie et augmentee. Dans le M kat (recueil de traditions d'apres Ia doctrine sunnite), Ia tradition sur (badir-Khoum est traitee un pea differemment. ( Voyez Mishkat aI Iasabih, by Matthews, vol. II, p. 780 et suiv. Voyez aussi Life and religion of Muhammed, by Merrick; Boston, i85o, p. 33% et 4

2 Beaucoup de monnaies dargent persanes de f frappees I Meched, yule qiie frequentent les Persans qui y viennent en peleri nage au tombeau du huitikme irnarn, Ii Ills de Mousa, surnomme

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les Irnamites. Ce secret penchant diviniserles imains, bicn que contraire au dogme fondamental des Ima mites. comme nous avons Pu le voir, et bien que leurs austeres legistes considerent cette deification comme un sacrilege, entraine cependant Ia plus grande partie dii has peuple, et les imposteurs et les sectaires ont toujours su en profiter. Mais le sys teme d'administration ecclesiastique n'est point d veloppe chez les musulmans jusqu'a Ia perfection, surtout chez les Chutes, qui le cedent de beaucoup aux Sunnites; quelques mots a cc sujet sont neces saires.

S 5. POLJRQUOI LES CHUTES SONT PARTICULIEREMENT ENCLINS

AU PROSELYTISME.

D'apres Ia doctrine de I'lslarn, tout vrai c aiit peut etre moudjt c'est-a-dire une autorite par- Venue a. Ia vCritC et i Ia preeminence dans I'ordre spirituel, par sa vertu recontuue et sa propre inter pretation du Coran et des autres sources des regle ments religieux, on bien ii peut etie moukallid, disciple, imitateur de celui qui a acquis cette preCmi nence. La Ioi laisse a.. chacun le droit de devenir une de ces autorites, mais en metne teinps les conditions en sont si corn pliquees et si difliciles, qu'il n'est donne qu'a peu dhommes d'y parvenir. et us doivent etre reconnus tels par Ia classe entiere des Oulemas. Dans Ic COUL'S de legislation musulmane, scion Ia

Iliza, portent dun cote Ia legende Kelbi a.siitasii illi Houssein, Iloui'i ein (nom du souverain) chien Ju senil d'Ab.

BAB ET LES BABIS. 377

doctrine hanefite (edition de Kazan, i 8 5), ii est pane en detail (introduction p. xxl-L) des divers degres'. d'idjtihads (autorites religioso-juridiques) et des degres clu taldid ou des devoirs des imitateurs ou disciples et de leur signification. 11 faut seulement rappeler ici que, malgre toute Ia liberte que Ia loi accorde aux musulmans pour aUeindi'e au degre de l'autorite spirituelle, les Sun nites n'admettent pas comme possible l'existence d'une autre doctrine ad missible que celle de leurs quatre itnams. us ne re con naissent aucune autorite en dehors de ceUe doctrine; c'est pourquoi, dans l'espace d'a peu pres mile ans, les doctrines des quatre imams se sont maintenues Si intactes; et pws parmi les Sunnites Ia reforme ne pouvait avoir lieu que dans Ic Tarikat, et jamais dans le Chariat'. Bieri que dans les ques- tions secondairesil y alt dissidence entre les lCgistes de Ia rneme croyance, cependant c'est la coutume locale qui fait Ioi dans ces circonstances, et ceux qui Ia soutiennent sont dans Ia legalite et dans te droit; ainsi ceux qui, en Tuiquic, recommandent de fumer, sont parfaitement dans le droit et Ia lCgalite, tout aussi bien que ceux qui. a Boukhara, (lefendent l'usage dLl tabac, et pourtant les deux peuples ap partiennent i Ia ineme7croyance.

Chez les Chutes, les choses se passent diffCrcni Nous avons en l'occasion dans un article sur Chamil ( Parole rus

decembre 1859), de demontrer que dans l'Islam ii y a plus de trente-cinq ordres religieu (otis se sont organises parmu les Sunnites d'apres le Tarikat.

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ment. Leur imarn gouverne invisiblement les affaires de I'Islam, et ii confie son verbe aux moudjtehicls inspires et dignes de recevoir Ia revelation. Tout ri dividu parvenu au plus haut degre d'idjtihad par La science et par Ia saint de sa vie est done natu rellement considere comme administrateut spirituel et meme temporel de .ses moukallids (irnitateurs, disciples). Chacun de 'es moudjtehids ecrit un ou vrage ftRicale9 qui sert de manuel ses imitateurs, mais qui n'a de force que durant Ia vie de son auteur. Dans ces sortes d'ecrits, nous trouvons des reglements detailles pour Ia vie musulmane, et par fois nous y remarquons des dissidences qui touchent essentiellement a de graves questions religieuses Ct th

Seld-Ali de Tabataba, moudjtehid celebre dans toute Ia Perse au commencement de ce siecle et mort en 1 8i 6, avait a peu pres un million et deini de moukaiJids, au nombre desquels se trouvait Feth Ali-Chah. Apres sa mort, son fils Scid-Mohammed Iui succeda, et c'est 1w qui excita le roi et Ic peuple a Ia guerre contre Ia Russie en 1826-1 827 1* Presque tous les moukallids de son pere passerent a mi.

Dans le curieui journal de Mirza-Nair-thzlla-Soulian, frere de Mir-Haid khan de Boukbarie, qui a emigre par suiLe de persecu tions dont ii etait l'objet de Ia part de son frere, et qui mourut a Saint-Petersbourg en iM3o, ii est pane fort clairement de ce mou d qul, dans Ia mosquee royale, excitait le peuple a Ia guerre contre Ia Russie, si bien que, deux mois apres, Abbas-Mirza entreprit une campagne dana lea provinces transcaucasiennes. Ce manuscnit se trouve I Ia bibliotheque orientale de l't'niversite de Saint-Peters bourg, et est inscrit sous les n°'

BAB ET LES BABIS. 37

Comrne SeId-Mohammed differait d'opinion avec son pere, ces mernes moukallids durent changer leurs prejuges contre les hypotheses religioso-sa vantes du nouveau moudjt et s'y souniettre. Cet usage est sj g adopte, qu'il n'est pas rare (I voir des moukallids passer d'une doctrine a tine autre trois ou quatre lois et davantage. II est facile de jtiger par la jusqu'a quel point Ic droit de toucher ux questions religienses, de les expliquer 'i leur propre point de vue et d'apres leur jugement, est laisse aux moudjtehids, jusqu'oit pent aller I'esprit de proselytisme surtout dans la basse cIass et corn blen die y est accouturnee. Ajoutons encore a ceci le sens cache d Tarikat. Cette Ioi ne se preche pas ouverterneut en Perse', le peuple y est aveugie ment souniis i. son irnam, et W est dans l'attentv constante de cet imam, dont I'apparition est plus impatiemment desiree par les Persans que Ic Messie ne l'est par les Juifs. On voit donc combien ii est aise a un adroit fripon quelquc peti savant dc reu fir autour de lui plusieurs milliers de gens du bas peuple et de se faire passel' a leurs yeux pour le Mehdi attendu ou pour son precurseur; ccci est toujours arrive et arrive journellement encore en Perse. Cependant les succes ne Sc ressemblent pas

Bien que 1eTai populaire parmi les Sunnites en general, ne se precbe pas ouvertement en Perse, on pent rencontrer dans toutea lea provinces de Ia Perse nombre de gens, qu'ils appartien nent on non a Ia classe eclairee, qui se Iivrent secretement a cette doctrine, laqueHe constitue aujourd'hui une phitosophie adoptee par presque toute Ia classe eclair& de ce pays.

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toujours, et Si l'imposteur n'est connu ni par son savoir, ni par Ia ri de sa vie, ni par son extrac tion, ii n'ira certes pas bien loin; inais si au con traire cet homme descend d'un saint ou d'un moudjtehid celebre, ou s'iI est connu de tous par une vie asct ses succes sont indubitables.

Telles flirent les causes des succes des Cheikhites

ii y a une trentaine d'annees, et tout recemment Ia raison des succes des Babis. N'oublions pas pourtant que ces derniersont reussi a amener degrands.cban gements, dont les r se feront sentir dans l'a venir, car l'elkmen re1igie n'etait pas le seul mo bile de cette communaute' secrete, et tait allie I'eh politique appuye sur Ia reIigion

S 6. CONq.USION.

DES CAC3ES QCI SEULES ONT PREPARE LA CARI DC NOUVEAU

SECIAIRE.

Jetons Un regard plus pi dans Ihistoire (le Ia vie religiense. civile et politiqueslu peuple p san, depuis que l'Islarn rCgne au m-ijjeu de Iui, et

fl0 V tableau nous presentera ce manque d'eiisemble, c absenee d'harmonie dans les prin

* . cipaux agents de Ia prosperite nationale.

Lorsquep'ar Ia force des armes l'Islam'se fut re pandu dans empire efqueIedornaine d'Ormuzd fut toinbe 'entre les mains de Ia propa gande arabe, deux,force opposees, ennernies, furent en presence r: le Fanatisme arabeet I'

S

BAB ET LESBAB1S. 381

de Ia population pour son passe et ses coutumes. Bien qu'au milieu de ces circonstances le peuple vaincu se soit montr longtemps encore soumis en apparence aux autorites religieuses et civiles, cepen dant, accable qu'il etait par les luttes sans fin ni treve qui s'etaient elevees entre ces deux forces, son existence morale ut atrophiee, et SQfl esprit, per dant sOn originalite, s'affaiblit comph Point de doute que toutes ces causes reunIes n aient fatale- ment rt Ia nation et ne l'aient entrainee pea a

Ps" a une mine morale qui eut les plus deplorables resultats.

Avec des armes aussi puissantes que le fanatisme, les conquerants, ne rencontrant d'abord aucun obs tacle, avancaient touj ours, semant partout les prin cipes du Coran et de Ia theocra tie; niais dans Ia suite les fruits qu'ils produisirent s'abatardirent sous l'influence de cc sol tranger. Des germes nouveaux apparurent, et I'on put remarquer les racines des schismes i venir; on put voir comment I imaniet se transformait en monarchisme, comrne un systeme parfait de diplomatie s'introduisait dans I theo cratie, et enlin com I'Islatn Se morc en divers royaumes et diverses sectes, le fariatisme et le despotisme inarcherent cote t cote, se soutenant au be et sernl)aralit de l'administration reli-. gieu et civile.

En. Orient, un trangc apophtliegme est ft po pulaire, c'est que fopium gouverne la creature qui 1 livre lui,corr tin tyran gouverne son royaurne;

S. III. -

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lila garantit, il est vrai, des ennemis du dehors', mais par ses qualites propres ii conduit lui-meme l'organisme a une insensible destruction. Cette heu reuse comparaison peut, on ne peut mieux, s'appli quer au fanatisme.

Le fanatisme est une fievre de l'espritqui met en fureur l'individu ou Ia societe qui en est infectee. Les acces de frenesie auxquels se livrent les sujets malades les epuisentautant qu'ils terrifient les spec tateurs, et ces acces sont d'autant plus terribles que les malades sont plus ignorants, plus grossiers, plus barbares. Dans l'histoire des revolutions en Europe, ii est plus dun fait qui vient a l'appui de notre as:* sertion. Cb les peuples les plus polices, le fana tisme fait vibrer, en les irritant, les cordes les plus sensibles, excite les mauvaises passions : l'intCret, I'orgueil. I'ambition, I'injustice.

- Pour entretenir le foyer qui propage l'incendie, les agitateurs font retentir les mots de conviction,s, de principes; us evoquent les flows sacres de religion, d'honneur, de patrie, un sang fraterneL coule partout; le peuple se fait tuer sans raison, Ia nation s'affaibiit, perd sa puissance, et le spectateur desinteresse, tCmoin de es scenes d'horreur, de tourne Ia tete et s'ecrie: Voila donc ou le fanatisme conduit les hommes!... Chez les peuples nomades et barbares, le fanatisme prod uit des effet plus sw' La medecine orientale aflirme que I'opium. pris moderement,

pre3erve des indispositions qui proviennent d'un refroidissement subit, 4onne de I'appetit, fortifie, etc.

BAB ET LES BAB1S. 383

prenants encore, comme nous le demontrent l'his toire de I'Asie et les exploits des Sarrasins. Ce n'est pas tant Ia doctrine de Mahomet que sa politique et celle de ses successeurs qui contribua a entretenir l'ignorance des Arabes et ceile des peuples qui leur etaient soumis; its comprenaient par instinct que le fanatisme sans l'ignorance naurait Pu rien produire de merveilleux. En effet, chez eux, le fanatique ignorant marche toujours a Ia mort avec Ia pleine conviction qu'une fois ce passage franchi, ii en sera recompense par une f* eternelle. Que ne pour rait un chef intelligent avec quelques milliers de tels hommes!... Tant que ette force du fanatisme pouvait etre entre les mains des khalifes un sur moyen de conquetes et de gloire; tant que lern' po litique pouvait servir de contre-poids a Ia force op posee qui agissait en secret dans les diverses contrees de leur immense empire, flslam alla croissant et se fortifiant, et I'etat florissait. Alors an fanatisme vint se joindre le despotisme : l'uri resta I'apanage de Ia caste clericale, i'autre devint I sceptre de I'absolu tisme; mais entre ces deux antagonistes, entre les khalifes et les oulemas, La politique vint sinterposer et jouer Ic role de mediateur, afin cle main tenir dans l'etat un equilihre possible.

Cependant I'Istam commenca a perdre son an* uenne signification, et peu a peu apparurent et

grandirent les schismes; de nouveaux royauines s'ele verent ainsi que de nouvelles religions. Le fanatisme et le dcspotisme ne s'endormaient pas nou plus, car

26.

j

384 OCTOBRE-NOVEMBRE 1860.

apres avoir epuise Line classe d'hommes et une dy. nastie, ii passait a une autre, et finit par s'implanter dans le clerg de toutes les sectes, de toutes les croyances, qui. s'en fit un apanage que rien ni per sonne ne put.lui rairir. Ainsi les peuples convertis a l'IsIam furent gouvernes dans l'ordre spirituel par le fanatisine, dans l'ordre temporel park despotisme. Ce double fardeau epuisa les forces de ces peuples, atrophia leurs facultes. et arreta leur developpement intellectuel, si bien que jusqu'a ce jour us u'ont Pu remonter au point d'ou ils sont descendus. Tel est, a de tres-petites nuances pres , le cote caracteristique de Ia .vie civile et religieuse chez tous les peuples musulmans.

D'apres cc qui a ete dit, les peaples du nouveau royaume de Perse sont depuis plus de mile ans sous le joug etouffant du fanatisme et du despo-. tisme; toujours us ont ete aveuglement soumis a leur autorite spirituelle, qu n'etant poii develop pe e, ne possedant ni un systeme ratiounel Iii une bonne organisation, ne put s'arreter a une doctrine unique: c'est pourquoi les schismes &y sont taut multiplies. Une si grande dissidence dans les choses de l'ordre spirituel, en presence d'un despotisme in cessant qui flattait, en le detruisant peu a pen, le sentiment patriotique, a si bien faiL, que It mot qui exprime ce sentiment a fim par disparaitre entiere merit des dictiounaires persans. Quant a ce qui con cerne le despotisrne, le peuple qui dut, par necessi'te, supporter le joug d'une administration de tyi'ans,

BAB El LES BABIS. 385

nesympathisait en rien avec le gouvernement. I c'est a Ia force seule qu'incombait le role principal:

ii n'y avait ni amour de Ia patrie, ni lois reglant Ia succession au trOne. Une dynastie tait .renversee, remplacee par une autre, et l'idee d'un Etat bien organise etait absolument etrang a Ia Perse op.

primee.

C'est ainsi quc v ce pays, accable par tous ces changements, jusqu'a Ia derniei dynastie, celle des Kadjars, qui regrie depuis plus de quatre-vingts ans'. Cette dynastie comprend mieux que toutes les autres qui'Iont precedee ic besoin de se rap procher de l'Europe, et le jeune roi actuel cherche

a fonder un systeme re dans l'administration et a ameliorer le sort de ses peuples. Mais it ren- contre les plus grands obstacles dans le fanatisme du clerge et de Ia caste retrograde des vieux cour tisans conServateurs. Le clerge, grace a une de ces habitudes qul 1w ont ete transmises par heritage, veut etre a Ia tete de Ia direction morale du peuple musulman; Jes souverains et gouvernants de ce peu pIe doivent aussi se soumettre a sa grandeur spin tuelle et montrer par la I.e bon exemple a leurs sujets et a leurs administres. Les moudjtehids ne se

'En comptant depuis Aghs &en que son pere Agba-Moh.nimed-Husan-Khsn soit considere comme le fondateur de t dynastic (en 1747), cependant son rival &eria I'ayant isincu, lui ota I. psuvoir qu'il avait USUIp&Apr Is molt de Kerim4bau, son eunuque Moh s'empara du trone (en 1779), et depuia cette epoque lea Kadjarides r sur

Perse

386 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

considerent nuilement comme sujets des princes regnants et se disent au contraire vicaires de l'imam qui gou'verne invisiblement les destinees de l'Islam. De I vient leur influence incontestable clans les affaires interienres de l'Etat et meme clans celles de Ia politique exterieure.

Nous avons encore presente a Ia memoire Ia part que pritle moudjtehid Seid-Mohammed de Tabataba aux affaires de Ia politique; nous now souvenous comment ii apparut a Teheran I'annee de Ia mort de I'empereur Alexandre l en 1825, obligeant Ic roi a faire Ia guerre a Ia Russie, etcela contre Ia ye lonte de ce prince, ce qui du reste a cotite bien cher a Ia Perse. Lets vieux courtisans, gens beaucoup trop occup de leur gent sont attaches corps et rne aux anciennes coutumes, et par consequent ennernis de toute innovation. Des qu'ils croient re marquer que le roi est dispose a introduire n'im porte queue reforme, aussitot Ics voila en confe rences secretes avec des membres influents du clerge, et I'on est certain qu'il n'en resuhera rien de bon.

Le clerge de tous les rite a constamment em ploye son influence et 1'emp1 pucore a rendre le peuple etranger toute sympathie pour le gouver nement, et la signification du mot zelime persecu Lion, oppression, est depws Idngtemps usitee clans le peuple pour designerle gouvernement temporel. Ce nom mi a ete donne par Un clerge dont les pa roles et les actions n'etaient point soumises Ia

p

1-

BAB ET LES BABIS. 387

censure de I'Etat. De son cot le gouvernement est oblige de fermer les yeux et de se boucher les oreilles; en cas de besoin, ii se voit clans Ia necessite de recourir a Ia diplomatie pour s le haut clerge par des caresses et des flatteries hypocrites,, afIn de l'entrainer dans ses interets.

est par de semblables moyens que la haine secrete qui existe entre le clerge et le gouverne ment se modifie, s'a4oucit, par I besoinreciproque que ces deux puissances ont I'une de l'autre. La honne intelligence est entretenue par Ia flatterie et I'hypocrisie et Ics souverains qui reussissent a plier leur despotisme au systeme du fanatisme religieux, sont les seuls qui soient populaires. Une situation si anormale ne pouvait que soulever des luttes dans les instincts du peuple; inaiheureusement les mal intentionnes en ont seuls et toujours pro,( ainsi que nous I'avons vu dans le soulevement)meme des

Babis. /

Les points principaux des reformes concues par les chefs du babisme etaient ceux-ci: Refrener I'ar bitraire du gouvernement, detruire Ic luxe de Ia cour et des courtisans, aneantir le pouvoir sans li mite ni censure des ininistres, des gouverneurs de provinces, et en general de tous les fonctionnaires; changer les touIouLs revenus sur les villes, bourgs ou villages 1, en appointements fixes; forcer les

Lea gouverneurs, et generalement lea hauls fonctionnaires, au lieu derecevoirdes appointements. percoiveut lea revenuades vile bourga et villages qu leur a.ssigne. Ces espBces de fermieracoin 3

388 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

juges etre equitables, les oulemas ii etre desiiite resses, et exiger I'application form elle de Ia loi. Ces questions etaient depuis longtemps l'objet des con versations et des commentaires parmi le peuple, et excitaient des murmures dans l'Jrak et l'Aderbi djan'. Mais Ic but contre lequel les traits de I'indi gnation publique etaient diriges etait si ferme, si solide, qu'ils en furent brises, et les troncons ser virent d'armes a une nouvelle tyrannie. Les chefs politiques des Babis voulaient, au nom de Ia nou velle doctrine, creer une nouvelle force stire pour renverser le rocher qui faisait obstacle, persuades qu'ils etaient que le peuple se precipiterait sur Jew's pas etlessuivraitdans le chemin qu'ils auraient trace. Cependant les troubles et les discordes qui s'etaient eleves entre les chefs, qui n'avaieut pas l'eiperience voulue- et ne savaient comment diriger une sew blable entreprise, Ia precipitation des malveillants, I'entraInement de quelques-uns qui ne songeatent qu'a leur position et a leurs interets, toutes ces causes

metteut des ezactioQa inimaginables et toujours impunies, ou bien us vendent leurs droits a d'autres individus qui administrent ces re - venus sans honte et surtout saus controle. Dans le cas o des plaintes sont porteea, eiles n'ont jalnais de suites at jamas n'en ont en, lea fermiers, I l'aide des liaisons qu'iIa out partout, sachant pre venir tes deugrementi qui pourraient en resulter pour eux: Ia main lave Ia main.

Dana lea premiers tempo du minist de Mirza-Taki-Khan, le gouvernementie vit oblige deporter son attention sur quelques-unes de ces aspirationa et de leur donner satisfaction: c'est grIcei cela que lepreinie rministre succomba sous le poida des intrigues, laiuant tou tefois dana Ic c de Ia nation un souvenir imperisuble.

BAB ET LESBABIS. 3S

reunies ne permit e pas de laisser murir I'entre prise commenc* et elle n'eut d'autres resultats que cette epouvantable effusion de sang dont nous avons entrepris Ia relation.

Quoique en apparence. les Babis n'existent plus, et que ce qui aspirent a des reformes n'aient au cun appui'; cependant les causes qui ont' produit le babisme politique agitent encore I sol sur lequel inarche Ia societe c1airee en Perse.

A Teheran et a Tauris, comme nous I'avons (leja dit, ii a ete fonde depuis peu des loges maconniques. Des hommes puissants se s.ont interesses a ceite affaire, et le roi lui-meme etait i ose a couvrir cet ordre de sa haute protection; a les vieux enne- mis d u et des innovatio , ainsi que le clerge. ont fort intrigue contre une semblable nou veaute, et I'on ignore quel en sera le resultat. Dans les cercies de Ia societe eclairee, on se passe de main en main des leltres, des brochures, o l'on traite des mesures de precautions que Ic gouvernement doit prendre contre les abus des ministres et d courtisans; des ecrits contre F arbitraire des gouver neurs et des fonctionnaires, contre le luxe de Ia 'oui et des cOurtisans, qui mine Ic pays; contre le

Iouvoir sans frein des oulemas; en un mot, contre Ic regne de I'arbitraire, contre l'absence de Ia jus lice.

La description d'un certain reve ecrite dans LID langage entralnant, et, a ce qu'on assure, presentee depuis peu au i'oi par in homme d'Etat d'une grande

) \3 OCTOBRE:NOVEMBRE 1866.

))influence, a produit une vive sensation ? Teheran:

c'est, dit-on, un expose allegorique de tout ce qui se passe en Perse. Le reveur n'y dit rien contre Ia personne du souverain, ii Ioue, au contraire, son energie, ses bonnes dispositions pour tout ce qui est Men, son amour pour le peuple, et ii liii de mande en meme temps d'apporter son attention sur cette serie d'abus qui existent dans le royaume et qui font tache a son regne. Les ameliorations que demande le reveur sont en efTht admirables; elles ne tendent i rien moms qu'a une reforme qui in- troduirait le principe d'un gouverneinent plus re uuier.

SECTION II.

COtP D'cLIL SUR LA DOCTRINE DES BABIS.

Apres avoir trace un apercu sur le developpe inent du chiisme en Perse depuis les origines de I'islamismejusqu'au moment ou apparurent les Chel khites, lesquels contribuerent Ia formation de I secte religioso- philosophique conutie sous le nom de Babisme, nous ne croyons pas inutile d'expliquer, autant du moms que faire se pourra, an lecteur Ia (loctrine de cette secte.

Les man uscrits nous sommes le plus souvent rvi pour nos rech ches eant en arabe et en persan. nous pensoiis que de profondes ilivesti gaLlons stir Ia doctrine des Babis, fondees sur un eiamen ritique de ces materiaux, nous eloigneraient

BAB ET LES BABIS. 391

c!u but que L1OUS nous sommes propose. Ce but est d'initier Ic pub'ic intelliaent i des evenements qui

son passt en Perse t tine epoquerecente. Ces ev y ont amene des revolutions, dont les resultats out ete de donner au peuple persan une impulsion qui a suffi pour lui faire faire connais sance avec Ia bI)erte et les droits de I'homme.

Un ouvrage savant sur Ia doctrine des Babis, renfermant un examen critique des matCi'iaux au jourd'hui accessibles, serait sans aucun doute d'un .. interet pour les orientalistes europeens; mais tant que les materiaux o nous avons pulse ne Se ront pas mis au jour, tant que notis n'aurons pas entre les mains Ic vrai Coran des Babis, ainsi que des manuels bien precis sur leur doctrine, ii serait trQp diflicile et trop delicat de prencire sur soi une semblable tache; nous en laissons I'accomplissement

tin temps plus opportun. Pour le moment. rious notis sommes rontente d'examiner Ia qijestion au ' de vue purement litteraire, et autant qu'eIIe nous est connue par les faits et les traditions.

S

1. CONVICTIONS DE flAB. LES PREMIERS BABIS.

Dans itotre histoire de l'lslam nousavonsenonce

nos convictions intimes, que toute idee reellement

l Voir dans Ia Parole russe, aout i 86o, p. *35. Des circonstatices independantes de notre voloute iie nous ont pas permis dachever ee travail; mais nous esperons le piiblier separeiiient d'ICI a p de tern ps.

392 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

religieuse n'importe a quelle periode et a quel peu

* pIe elle appartienne, offre dans sa purete primitive de hautes pensees dignes cle notre m et que cette id ne peut que. Se rapprocher de Ia ye rite evangelique. -

Comme nous favons dit,- Bab apparut en Islam avec Ia pleine onscience des absurditCs dont est remplie Ia religion professee dans sa patrie. II pre chait I'austeritC des m non-seulement comme l'enseigne Ia lettre de Ia Ioi, mais encore comme le veut le principe moral de Ia loi. Constamment ii parlait sur l'abstinence et Ia priere, sur Ia chastete et sur Ia charite; c'cst lii, en rCalite, tout ce que nous avons appris sur les premiers temps dn sa vie. Ses reveries etranges, son amour de Ia solitude, les discours double sens quil tenait a ceux qui voulaient lui arraclier les pensees qu'il renfermait en lui-meme, soit pour lesurprendre et avoir le droit de l'accuser devant le Chariat, ou guides seulement par Je desir cle connaitre en quoi consistaient ces pensCes qu'il tenait soigneusement cachCes, tout cela lui auirait sans cesse une foule cle curieux et servait a repandre partout les bruits les plus divers stir sa personne. Dans le peuple, on le nommait medjzoub (tiextaUque, I'illurnine, et ce nom contri bu beaucoup aux progres de Ia secte qtii for mait en son nom. Les gens superstitieux v en lui Un inspire, tin saint, et us interpretaient leui point de vue ses discours a double sens. Les in differents le consideraient comme un homme (lont

S

BAB ET LES BABIS. 393

l'esprit n'etait pas fort sam, comme un fou, et ses persecuteurs ne pouvaient parvenr a le trouver en defaut en quoi que cc fut. Ainsi vecut Bab, longtemps inoffensif, pendant que Ia communaute des Bahis s'or secretement, se recrutant de reveurs, de mystiques, de superstitieux, qui par habitude atten daient Ia venue prochain.e de l'imarn, de revolution naires mecontents du gouvernement et du clerge, ainsi que de malintentionnes qui, sous pretexte de babisme, esperaient seivir leurs propres interets. C'est ainsi qu'il se forma trois categories parmi les Babis les aveugles adorateurs de Bab, qui appar tenaient a Ia basse classe du peuple. les agitateurs politiques qui s'etaient faits ses disciples, et les see taires malintentionnes. Les individus appartenant aux deux dernieres categories mettaient tous leurs soins, toute leur ardeur a etendre dans le peuple Ia renommee de Bab; us entraInaient les gens a se constituer en societe secrete et les engageaient a se soulever contre le pouvoir.

Durant toute cette peri9de, Bab apparalt comme un mythe que. ses nombreux admirateurs, repandus par tOute Ia Perse, ne connaissaient pas; CCLIX meme qui I'approcbaient ne le compreuaient pas toujours, parce qu'il parlait constamment a double sens et dans un langage peu intelligible. II s'attachait les hommes par une vie des plus austeres, et ne pre chait clairement devant cenx qui l'entouraient que sur ce sujet.

Dut ant les derniets temps de sa vie silencieuse et

3 OCTOBRE-NOVEMBRE 18o6

persecutee, le peuple qui venait en foule le con templer de loin n'ernportait point d'autres impres sions que celles que 1w avat laissees Son pale et beau visage, expriman Ia souffrance et une douceur indicible, jointe a une patience a toute epreuve.

Le jour de son supplice, tons taient animes de Ia plus vive, de Ia plus profonde compassion pour son innocence, et dans le peuple on ne parlait que de i'm justice du clerge i son egard et de l'arbitraire du gou vernement. Ainsi grandissait Iarenommee de Bab, et un grand nombre d'individus se livraient aveugle inent et sans reflexion au premier venu qui, au nom e Bab, les appelait ? embrasser Ia nouvelle doctrine.

La doctrine de Bab etait renfermee dans ce seul axiome Vivre non selon la lettre de Ia Ioi, mais selon I'esprit et dans Ia meditation de Ia Ioi. Selon lui, toutes les traditions transmises a Ia posterite par les propagateurs de l'islamisme etaient alterees. Dans le Coran qui Jul est attribue, nous rencontrons peu de ses pr idees; aussi une seule pensee se pre sente-t-eIle a nous la-dessus, c'est que Bab, Meii qu'ayant jusqu'a un certa n point travai.lle a sa redac tion, se laissa entramner a subir I'influence des ega rements de ses disciples preferes. Seid-Hassan et Seid-Houssein. Le travail principal et definitif de Ia premiere redaction de ce Coran appartient, sans aucun doute, a ces deux disciples de Bab; cest pour quoi l'etude de ce Coran ne nous dit presque rien de la doctrinc de Bab lui-ineme 1*

Dana lepeupte chacun etait pleinement convaincu que Bab avait

W

BAB El LES BABIS. 395

Excepte les discours qu'il tenait a ses disciples sur Ia continence et les efforts qu'ils devaient faire pour vivre selon I'esprit de Ia loi, nous sommes fonde t 1w attribuer encore qiielques grandes pensees, sur Dieu, sur l'einancipation de Ia femme et I'abolition du divorce arbitraire; sur I'iclee que tout est pur dans Ia nature.

i. L'idee de Bab sur Dieu est Ia meme que celle du Coran de Mahornet; mais nous ignorons sa pensee concernant Ia doctrine sur Ia divinite, qui est entre les scoliastes rnusulmaus une source de discus sions et de disputes sans fin. A en juger par les let tres pie nous avons recues d'un philosophe remar quable (mouhakkik), qui du tetnps de Bab enseignait sa doctrine dans la Transcaucasie et qui fut intern dans Ia vile de Smolensk', nous voyons que Bab et

compose et ecrit son Coran avec une rapidite telle que l'irnagination peut a peinela concevoir (mule lignes on versets dana l'espace d'une heure). Sea disciples faiaaient passer cela pour un miracle et confir maient sinai son origine mysterieuse. I eat probable que ces bruits circulaient parce que les disciples de flab, soit flatterie, soit poli tique. attribuaient a chacune des paroles du maitre une signification multiple: chacun de ses mots, disaient-ils, renferme milk penseea. et chacune de sea lignes en vaut mule autres. C'est ainsi qu'ils flat taient Bab et faisaient accroire I Ia foule ignorantequ'il ecri'vait mule lignes par heure. SeId-Houssein doit en effet etre regarde comme Ic plus babile des stenographes, puisque en un jour ii e un gros cahier de phrases incoherentes, pleines de redites sans fin et renfermaut bien pen de choses senaees. Ceci neanmoins etait com munique an peuple comme Ia mysterieuae production du miracu leux Bab. L'ezemplaire de son Coran qui se trouve entre mes mains appartient probablement au nombre de ces productions.

Son nom eat Seid-Mir-Abdoul-Kerim. II y a 29 ans qu'il quitta Ordouabad; son e a dure i i ans, par consequent en i8S (voir Ii

V

I

396 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

ses proches disciples smvaient l'antique doctrine des j rnou'tezelites qui a en dernier lieu remaniee par les

CheIkhites. Cette doctrine cons ste en ce que Dieu, etre supreme et createur de toute Ia nature visible et invisible, est un quit n'a point son semblable, et que tous ses attributs, tels que l'omniscience, Ia toute-puissance, Ia misericorde, etc. sont eternel lement unis a sa supreme existence et qu'it est im possible de les imaginer en dehors de son etre comme des abstractions separees. Les mou'tezelites s'attribuent Ia primaute de cette doctrine, et (hsent qu'elle est le resultat des craintes ou l'on etait que Ia croyance aux divers attributs interieurs du Dieu unique ne jetat sursa supreme existence une ombre de polytheisme. II faut cependant supposer que cette doctrine leur a ete tout simplement transmise de generation en generation par I'antiquite apres avoir passe par les adeptesde Ia phiosophie platonicienne. Nous ignorons dans quelle mesure Bab lui-mCme partageait cette opinion; seulement nous supposons que le Seid de Smolensk, qui etait fort respecte par les sectateurs de Bab, si bien que plusieurs meme allerent le voir secretement, suivait cette doc trine ii y a une douzaine d'annees.

2. Rien n'est impur dans Ia nature. Cette verite evangelique etait I'objet de I'enseignement secret et avoue de Ia doctrine de Bab, doctrine remaniee par

seconde lettre citk plus loin), et peu de temps apres l'auentat corn- mis contre le roi, a Teheran. Nous apprenons que Ce Seid a ete-mis en liberte et se trouve actuefleuient a Astrakban.

BAB El LES BABIS. 397

celui de ses disciples qul avait pris son nom et sa place dans les evenements de Zengan (chap. ii, S 13). Dans Ia creation tout est pur, disaient ses disciples'. inais Ia temperance est tine vertu indispensable; c'est la Ia raison pour laquelle, comme nous I'avons djt, Bab ne faisait point usage d'opium, ne fumait pas, et meme ne prenait pas de cafe.

3. L'egalile 4es droits pour la homrnes comme pour lesfemmes rabolilion d divorce arbitraire,;la libertt dont lafemine doitjouir dans ha Ces questions soni traitees dans Ic Coran de Bab, et, d'apres les traditions, toutes sont en rapport avec sa doctrine; tout, d'apres cela, nous porte a croire que ces idees appartiennent en propre a Bab. puisque cette doc trifle kit prechee par une femme, sa contemporaine et son disciple, par Koarret ou Tahire dont ii a ete question (chap. ii, S 5). Void, :d'apres I temoignage de M. Mochenin et d'apres celui de M. Sevruguin le texte du passage du Coran de Bab relatif i cette doctrine ' Aimez vos flues, car elles sont bien plus elevees devant Dieu et elles Jui sont

Le par et I constituent, chez les rnusuhnans comme cbez les iuifs, deuz principaux sujets d'interpreti Dans leurs fikhs (reg1em religieui de Ia Ioi), une section entiere traite ce sujet. Ces raffinements indo.juifs, stir Ia dictinction du pur et de I'irnpur. dus dans I'origine a des causes climateriques. furent rejetes par Ia doctrine du Nouveau Testament. C'est aussi ce quc. pr Ia doc trine de Bab. MoullaMohammed-Ali, deja connu de nos Iedteurs, a ecrit Ia-dessus eta pr pubtiquement sur cette these: ii disait que le put et I'impur n'existexit pas, qu'iI n'eziste que Ia temperance et I'intemperance; ii recommandait I'une et blamait I'autre (ch. ii, S

YIn. 27

* 308 OCTOSR'ENOVEMBRE 1866.

hien plus agreables que vos fils.Queceluiquiconfesse cette croyance ne divorce jamais avec son epouse.' II ne doit point exister de voile entre vous et vos epouses, ce voile 3erait-il plus fin que 1a feuillc:de l'arbre, afin que rien ne soiL pour la femme une

* - cause d'affliction, ceci etant pour vous Ia ben tion du Seigneur'.n

Tous ces prineipes, formules par Bab, rappro chent beaucoup sa doctrine du christianisme; aussi regrettons-nous de ne point connaltre ses idees sur le Sauveur. Cependant nous ne doutons nullement qu'il n'ait eu sur J une opinion beaucoup plus

* elevee que la plupart des musulmans, et qu'il ne se soit inspire a son sujet de l'esprit de Ia doctrine renfermee dans le Coran de Mahomet. Nous avons vu qu'iI prechait constawment dans cet espnt. Dans le Coran, ii est dit que le Christ st le verbe de Dieu et qu'il j du Saint-Esprit. (Coran,

L sour. nr, v. 4o; iv, v. i63; xix, v. i6.) Par con s Bab croyait a ceci du plus baut point de vue de sa contemplation; ii y croyait au moms dans

le meme sens que Mahornet, qui desirait modifier dans ses premiers proselytes parmi les chretiens

' Dana Ia copie du Coren de Bab pie m procuree fobligeance de M. Kh je n pu trouver ce passage, ce qui ne veut pa dire qu'il ne sy trouve pas; nisis ceUe copie, etant composee d'un

grand nornbre de cab i sans pagination, sans que rien puisee faire de,iner oa eg le commencement, o* eat Is fin, et, de plus. d'une ecrisure fine et indecbiffrable, ii est impossible d'y trou'vrer ce qu'on y cherche sans etre aerri par k bawd et sans une graude perte de temps.

BAB ET LES BABIS. 399

leur croyance en Jesus, Ills de Marie, ne du Saint Esprit; et par 1 faire cesser I'antagonisme que les monothehtes et les monophysites avaient transmis i Ia posterite. Nous nous permettrons de faire obser ver, en passant, que si quelques theologiens chre tiens considerent I'islamisme comme u schisme du christianisme, ce qu'on ne peut du reste revoquer en doute, le babisme, compris ainsi que nous l'avons expose, ne peut etre considere pie coinme un ra

* rneau epure de ce schisme. Le babisme, a on gine, considere dans ses rapports avec l'islam et d'a pres les principes anterieurs a sa doctrine, nous offre Ia meine difference que celle qui existe entre I christianisme et le judaisme. Ainsi, par exemple. Ieschreiiens reconnaissent le Nouveau Testament, venei'ent les prophetes et regardent les lois de Moise comine le tabernacle des hiens promis par l'Evangile;

* les Babis reconnaissent le Coran et les traditions (hadis) quils considerent comme les etnblemes des verites futures ilu babisme. L'Evangile considere Ia loi au point de vue spirituel et contemplatif; l'apotre Paul dit, Nous savonsque Ia Ioi est tout esprit; Bab ordonne de vivre, non d'apres Ia lettre, rnais d'apres lesprit de Ia loi; en an mot, Ia base sur Ia - quelle repose Ia doctrine babite a beaucoup de rap port avec le christianisme, et nous pensons que Bab Iui-meme et quelques autres personnages, tels que Moulla-Mohammed-Ali de Zengan et SeId, notre philosophe de Smolensk, etaient plutot chretiens que musulnians, bien qu'ils portassent ce nom dans

27.

400 OCTOBRE-NOVEMBRE 1866.

le peuple. Point de doute que le babisme, a son on '\ gine, non encore aIt et tel qu'il ressort des pa roles de Bab et des autres maftres qui ont enseigne cette dOctrine, ef ete un grand. pas fait vers te chris tianisme si d'ignorants formalistes ne l'avaient de figur et altere dans des vues toutes personnelles. Beaucoup de personnes qui ont eu l'occasion de s'entretenir avec des Babis nous ont dit que ceux-ci, en lisant le Nouveau Testament traduit en persan, avaient ete tout surpris d'y trouver leur propre doctrine, et qu'ils cherchaient foccasion de se Her avec des chretiens; mais comme ces derniers igno rent generalement Ia langue persane et sont indiffe rents pour tout ce qui se trouve en dehors du programme de leurs interets, ces causes arret&ent Jes tendances des Babis vers le christianisme.

(La fin an prochain cahier.)
2014-07-19 18:44
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