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Professeur, Faculté de Droit, Université de Genève, Suisse - старонка 9

En tout cas, Colins fit croire qu'il venait seulement d'arriver à Vienne et qu'il espérait parler au duc de Reichstadt, de sorte que Metternich ne sut pas qu'il l'avait déjà rencontré, sa police n'ayant d'ailleurs pas réussi à mettre la main sur les deux portraits qui lui avaient été confiés. Aussi bien, l'illustre chancelier écrivait-il le 8 janvier 1832 au comte Apponyi : “ ... L'agent bonapartiste dont je vous ai entretenu n'a pas voulu confesser ses complices. Il s'est borné à nommer Joseph Bonaparte, mais il a donné à entendre que si l'on le désirait le général que je vous ai désigné dernièrement serait prêt à faire les révélations nécessaires sauf toutefois contre un engagement préalable de notre part d'entrer dans les vues du parti. Il nous a donc paru utile de chasser l'agent discret. Veuillez en prévenir M. Périer... ” 3

Grâce à la discrétion symétrique de Metternich, Colins ne fut pas inquiété lors de son retour en France. Pendant les quarante-huit heures qu'il passa à Paris, la comtesse Regnault de Saint-Jean d'Angely, la veuve de l'ancien conseiller d’État, député et homme de confiance de l'Empereur, qui était elle-même une ardente bonapartiste, fit faire une copie du portrait de Napoléon II, qu'elle fit ensuite lithographier et mettre en vente, dans le cadre de la propagande du parti 4. Puis, exécutant strictement les directives du roi de Rome, Colins se rendit à Philadelphie où Joseph Bonaparte signale sa présence dans une lettre du 18 juin 1832 5. Les historiens s'accordent à reconnaître que c'est lui qui détermina l'ancien roi d'Espagne à partir pour l'Europe afin d'y organiser le retour en France de Napoléon II 1. Aussi bien, le 20 juillet, le comte de Survilliers, alias Joseph Bonaparte, son secrétaire Louis Maillard, le capitaine et Madame Sari, leurs trois enfants et Colins s'embarquaient-ils sur le navire Alexander en partance pour Liverpool 2. À leur arrivée en Angleterre, le 16 août 1832, une cruelle déception les attendait : Napoléon II n'était plus. Mais pour grave qu'il fût, ce coup ne devait pas arrêter l'entreprise. Aux termes des règles régissant la succession au trône impérial, celui-ci échéait à Joseph Bonaparte. Colins fut donc le premier à le saluer du titre d'Empereur 3. Le groupe se rendit alors à Londres où il reçut la visite d'une délégation républicaine conduite par G. Cavaignac, Bastide et Guinard, mais la question sociale fit échouer les pourparlers 4.

Quoiqu'il se trouvât dans cette affaire du côté de Joseph Bonaparte, Colins non seulement approuvait les préoccupations sociales des républicains, mais encore il jugeait leur programme infiniment trop timoré. Aussi, est-ce sans doute pour ne pas rompre définitivement avec ses interlocuteurs que Joseph, qui, en raison de la loi d'exil, ne pouvait rentrer en France, fit de Colins l'un de ses deux représentants personnels à Paris, l'autre étant le général Arrighi de Casanova, duc de Padoue 5. Notre personnage était peu fait pour ces responsabilités politiques qui le forçaient à concilier les diverses tendances du parti bonapartiste et à ménager leur nécessaire collaboration avec les multiples fractions républicaines. Aussi bien aspirait-il sans doute à s'imposer plutôt comme le penseur du mouvement. Sa formation polyvalente ne l'y préparait-elle pas ? Cependant, elle ne le satisfaisait pas entièrement en raison des progrès accomplis dans les diverses disciplines depuis son départ d'Europe en 1818. Dès 1832, il se remit donc à fréquenter l'Université 6. C'est dans ces circons­tances qu'il entreprit la rédaction d'un premier ouvrage, dans lequel il définissait le programme politique et social qu'il espérait voir adopter par le parti bonapartiste. Son propos, quelque peu naïf, était de réunir tous les hommes de bonne volonté, à quelque parti qu'ils appartinssent, sur un programme qui, partant de la situation politique et sociale du moment, devait abolir progressivement le prolétariat et conduire à l'avènement d'un ordre fondé sur la liberté et la justice sociale, sans toutefois léser les privilégiés dans leurs droits acquis. Telle est l'idée centrale Du Pacte social et de la liberté considérée comme complément moral de l'homme, ouvrage inachevé dont deux volumes parurent anonymement en 1835. Ayant le regard fixé sur le but à atteindre, Colins tenait pour parfaitement illusoire et même nuisible l'introduction immédiate du suffrage universel, ou plus exactement l'octroi du droit de vote à la masse ignorante et misérable des prolétaires industriels et agricoles dont l'intrusion dans la vie politique ne pouvait selon lui, que provoquer l'anarchie. D'où sa propo­sition de résorption graduelle du prolétariat dans le corps des citoyens actifs, au fur et à mesure que seraient comblées les inégalités économiques, sociales et intellectuelles. Nos lecteurs trouveront une analyse détaillée de cet ouvrage dans notre prochain chapitre intitulé La tentation réformiste. Entre-temps, Colins s'était peu à peu éloigné des bonapartistes qui ne partageaient pas ses préoccupations sociales et voyaient le remède à tous les problèmes politiques du moment dans l'attribution d'un pouvoir plébiscitaire illimité au nouvel Empereur. Aussi est-ce le Pacte social qui provoqua la rupture définitive entre Joseph Bonaparte et lui, comme l'atteste l'échange de lettres suivant:

“ Londres, le 30 novembre 1834.

Monsieur,

J'ai lu tout ce que vous avez chargé M... et M... de me remettre. Vos écrits décèlent, certainement, beaucoup d'instruction et de talent. Vous avez une constante habitude de réfléchir sur ce qui influe si essentiellement sur le bonheur des nations. Toutefois, nos opinions ne sont pas les mêmes : vous partez de la réflexion et de la théorie ; je pars de l'expérience du passé et de mes passions particulières. Oui, Monsieur, je suis aujourd'hui partisan du vote universel. De ce qu'une chose a été jadis, il ne s'ensuit pas qu'elle doive être encore sans doute. La nation d'aujourd'hui est la maîtresse de son sort, tel qu'elle le conçoit.

En mon particulier, je ne voudrais pas être appelé à remplir les fonctions politiques telles que vous les déterminez.

Je rends justice à vos bonnes intentions et à vos talents. Je voudrais bien que l'état de persécution et de confiscation, dans lequel nous vivons, me permît de vous revoir un jour dans cette belle France que Napoléon avait ouverte à tous les proscrits, de toutes les factions, et que l'on ferme si injustement à sa famille depuis vingt années. Tant que cet état durera, nous ne pouvons rien pour nos amis. C'est un vif regret pour moi, mais je suis habitué désormais à me plier à toutes les nécessités.

Adieu, Monsieur, ne doutez pas de mon estime et de mon attachement.

Pensez-vous que votre ami, le général X.... accueillera un souvenir de moi, après m'en avoir accordé un à la chambre des pairs de Louis-Philippe ? Ne m'oubliez pas non plus auprès de l'invariable M... Ils sont l'un et l'autre, pour le malheur de la France, dans une trop extrême minorité. Tout à vous. Votre affectionné, Joseph, Comte de Survilliers. À Monsieur le baron de Colins. ”

“ Monsieur le Comte,

J'ai reçu la lettre que vous m'avez fait l'honneur de m'écrire. Elle m'a causé un mal que vous apprécierez.

La liberté politique est le choix de ma raison. Votre famille, celui de mon cœur. Mon bonheur eût consisté à trouver ces deux choix justifiés par ma conscience. Etre obligé de considérer maintenant votre famille : comme ennemie de la liberté politi­que, en général ; et, de celle de la France en particulier, détruit pour moi des illusions bien chères.

Ma première intention était de ne point répondre à votre lettre. La passion me dirigeait à mon insu, et c'est un mauvais guide. Aussi c'est avec beaucoup de peine que j'ai vu que, pour me répondre, vous partiez de vos passions particulières ; et que vous en partiez, le sachant. Moi, j'ai réfléchi et j'ai trouvé : que, votre probité et ma délicatesse exigeaient que vous connussiez toute ma pensée. En vous l'exprimant, je remplis un triste devoir.

Dans ce renouvellement d'année, je n'ai qu'un seul vœu à vous adresser, Monsieur le Comte : c'est que votre conviction change, ou que la mienne varie. Personne mieux que vous ne sait : qu'une identité de conviction est indispensable, pour que des rapports politiques honorables puissent continuer ; et, vous m'estimez assez pour être certain : que, toujours je sacrifierai l'impulsion de mon cœur à celle de ma conscience.

Un seul mot de plus. Vous m'exprimez le regret de ne pouvoir rien faire pour vos amis. C'est une proposition générale. Permettez-moi, Monsieur le Comte, d'énoncer une proposition générale aussi : je n'ai rien demandé; et n'ai autorisé personne à rien demander en mon nom.

Agréez, etc. Colins ” 1.

Très peu de temps avant cette rupture sur laquelle nous reviendrons plus loin, notre personnage avait reçu la visite d'un de ses cousins autrichiens, Agathon de Colins de Tarsienne, qui en rendit compte comme suit dans une lettre expédiée le 17 décembre 1834 de Milan à son oncle, le baron de Stassart :

“ ... Je ne manquais pas à Paris d'aller voir le mystérieux cousin Colins, je lui demandais tout bonnement de quelle manière nous étions parents, et il me dit être de la branche des de Ham, ce qui me paraît fort sujet à caution puisque cette branche vient de s'éteindre par la mort du frère de Mme Vandewelt... Du reste j'ai trouvé en lui un homme fort instruit et aimable, quoique donnant à corps perdu dans l'opposition, exalté dans ses opinions politiques, et occupé à écrire un ouvrage sur le droit social et sur le droit de l'homme qu'il a dédié à Joseph Bonaparte, et auquel il aura déjà envoyé le premier volume. Je le tiens absolument pour un agent de Joseph Bonaparte. Il paraît qu'il ne concepte (sic) pas encore quitter Paris et la France si tôt, du moins pas avant la publication de son ouvrage dont il m'a promis un exemplaire ; il ne demeure plus chez le colonel Briqueville, mais rue des Pyramides, N° 2 où il a un petit quartier au sixième étage... ” 2

Comme on le constate par ce texte, en 1834 l'origine familiale de notre person­nage restait mystérieuse pour ses propres cousins. Il est vrai qu'Agathon de Colins de Tarsienne avait avantage à ce que la branche des Colins de Ham fût éteinte car il pouvait en tirer argument pour postuler le titre de comte comme il l'explique à son oncle dans une lettre en date du 5 février 1835 : “ ... par la suite de l'extinction de la branche des Colins de Ham - écrit-il 3 - celle des Colins de Tarsienne devenant la branche aînée de la famille, le moment paraissait favorable pour demander en faveur de celle-ci la réversibilité du titre de comte que plusieurs branches de notre famille avaient déjà porté... ”

Que la doctrine du Pacte social n'ait pas longtemps contenté Colins, c'est ce qu'attestent deux séries de faits :

D'une part, si dans quelques-uns de ses nombreux ouvrages subséquents, Colins mentionne parfois son premier livre, publié anonymement, c'est pour n'en approuver sans réserve que l'idée de collectivisation du sol, pour en condamner la notion même du pacte social et pour prendre ses distances envers la philosophie qui l'inspirait alors 1. D'ailleurs, si en 1835 l'auteur n'avait pas signé son écrit, n'était-ce pas qu'il savait n'être encore que “ demi-savant ” ou même qu'“ honnête homme ”, pour reprendre la cruelle appréciation de la Revue des deux mondes 2. Or, qu'était-ce qu'un honnête homme sinon un individu obéissant aux sentiments dits naturels et aux préjugés inculqués par l'éducation plutôt qu'a la froide raison, seule source de certitude dans le monde moderne ? À la vérité, selon sa position sociale, un honnête homme est soit un fripon, comme la plupart des philosophes du siècle des lumières, soit un mystique, c'est-à-dire, selon Colins, un sot. Dans la mesure où l'auteur du Pacte social avait fait appel à la probité plutôt qu'à des connaissances incontesta­blement démontrées, il avait donc été un mystique. 3 Tel est le jugement exempt de mansuétude que Colins portait après coup sur son premier essai.

D'autre part, après avoir écrit le Pacte social, mais avant même sa parution, son auteur âge alors de 51 ans, décida de se mettre à la hauteur de la science de son temps, donc de parfaire, ou même de refaire sa formation intellectuelle. Depuis deux ans déjà, on le sait, il fréquentait l'Université. Il en fit dès lors le centre de son existence. Redevenu étudiant à l'âge où ses contemporains songeaient plutôt à cultiver leur jardin, il suivit assidûment, pendant près de dix ans, les cours des Facultés des sciences, des lettres, de théologie et de droit, ainsi que ceux de l’École de médecine, de l'Observatoire, du Jardin des plantes, du Musée d'histoire naturelle, de l’École royale des mines, du Collège royal de France et du Conservatoire des arts et métiers 4.

Vivant comme un ermite - et nous verrons mieux plus loin dans quelles conditions matérielles - Colins accumula pendant ces longues années des monceaux de notes sur ses cours ainsi que sur ses lectures qui étaient d'une prodigieuse variété. Rarement, en effet, homme s'adonna à la lecture avec plus d'ardeur. Il dévora les anciens et les modernes, les philosophes comme les scientifiques, et particulièrement les physio­logistes et les économistes dont il lut tout ce qui avait paru en français. Si nous possédons la liste des auteurs qu'il pratiqua alors ainsi que celle des professeurs dont il suivit l'enseignement pendant ces dix années d'études 5, nous ne connaissons que très indirectement son évolution intellectuelle par ses écrits postérieurs qui jamais ne s'y réfèrent explicitement. Dans les pages qui suivent nous n'en donnerons donc que les grandes lignes, reconstituées non sans peine, en nous limitant à son aspect philosophique, désormais le plus important.

Déjà pendant son existence cubaine, Colins était parvenu à la conclusion que le rationalisme était incompatible avec le matérialisme. Si tout n'est que matière, le droit, la vérité, la raison ne sont que des faits assujettis au déterminisme universel, ce qui annihile toute responsabilité morale. Or, ce n'est pas là une doctrine parmi d'autres, mais bien l'essence même du message de la science moderne, donc de la raison qui paradoxalement en vient à contester sa propre dignité. Avec la diffusion moderne des connaissances et des idées, ce message ne peut manquer de s'imposer à un nombre croissant d'esprits, voire à tout le monde, ce qui sapera inévitablement non seulement les bases des sociétés existantes, niais encore celles de toute société possible. La foi, qui unissait les esprits dans les cités anciennes, étant renversée, comment un ordre social serait-il possible si la raison ne la remplaçait pas et si elle enseignait qu'il n'y a ni bien, ni mal, ni vérité, ni erreur, mais seulement des faits ? À son retour en Europe, Colins avait été vivement frappé par les progrès du matéria­lisme, ce qui ébranla sa confiance dans le progrès indéfini de l'humanité que lui avaient inculquée les idéologues. Mais ceux-ci précisément n'étaient-ils pas les premiers responsables de l'envahissement du matérialisme ? En fondant sa doctrine de la connaissance sur la sensation, Condillac n'avait-il pas frayé la voie par laquelle devaient s'engouffrer le philosophe matérialiste athée Destutt de Tracy et les Cabanis, Broussais, Geoffroy Saint-Hilaire, etc. ? Certes une réaction spiritualiste s'était fait jour avec Maine de Biran, Royer-Collard, Cousin et Damiron qui combattaient alors victorieusement les idéologues, mais Colins ne pouvait s'en réjouir car rien ne lui paraissait plus inconsistant que le vague idéalisme des éclectiques kanto-platoniciens qui aboutissait en fait à justifier le retour à la foi. C'était là une démarche exactement inverse de celle qui avait inspiré la Grande Révolution. La Déclaration des droits de 1789 témoignait en la raison et la vérité une confiance qui procédait de Descartes - “ L'ignorance, l'oubli ou le mépris des droits de l'homme, proclamait-elle, sont les seules causes des malheurs publics et de la corruption des gouvernements ” - et les Constituants avaient voulu fonder leur œuvre sur des principes simples et incontes­tables, donc sur la raison. Colins demeurera toujours fidèle à cet objectif. Il était donc logique qu'il se réclamât de Descartes qu'avait réfuté Condillac. Telles étaient ses dispositions d'esprit lorsqu'il écrivit son 2014-07-19 18:44
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